Cody & le Cercle des Astres: Un

Ce matin-là, Cody n’a pas école. Finir sa fusée semble donc une bonne idée.

Elle se lève de bonne heure, ouvre la fenêtre et inspire à fond pour goûter la délicieuse odeur de pluie. Des nuages s’étirent au-dessus des bâtisses biscornues et les dômes endormis de la ville. Les rayons rosâtres du jour jeune, encore caché par la brume, peinent à dessiner les contours de pontons grossiers, de tours penchées, de maisons agglomérées, de ruelles tout sauf droites et de places tout sauf rondes.

Excitée à l’idée de finir enfin ce projet qui lui a pris des mois, Cody enfile son sac à dos et se faufile à l’extérieur. Elle se glisse sur l’avenue des Aventuriers, coupe par le parc Parasol et file sur le boulevard aux Bouviers. Hormis la calèche du boulanger et un gros matou errant, son chemin se fait sans rencontre.

Le nez en l’air, les mains cramponnées aux bretelles de son sac à dos, elle s’interroge. Aura-t-elle la chance d’en voir aujourd’hui ?

La réponse est oui. Alors qu’elle rejoint l’allée des Alliages, le soleil s’arrache enfin à sa léthargie et s’échappe des nuages. De gestes fébriles, Cody défait son sac à dos et en tire une paire de binocles mécaniques fabriquée par ses soins. Elle rive l’engin sur son crâne, ronchonne quand il s’emmêle dans ses boucles blondes, puis explore le ciel de ses yeux bleus.

« Par Grouchon… J’en vois une, oui ! »

Elle n’est pas bien grosse, mais pas de doute. Au vu des proportions, on dirait un enfant.

Une statue d’enfant qui flotte dans le ciel, entre nuages et soleil. Alors qu’elle pousse la puissance de ses binocles pour l’observer en détail, elle repère une autre forme, non loin. Quelle chance ! C’est un bonhomme, ce coup-ci. Et quel bonhomme ! Le ventre rond, la moustache au vent, il dérive non loin de l’enfant comme s’il le surveillait.

Ni une, ni deux, ni même trois ! Cody galope jusqu’à l’atelier et frappe à la porte à s’en faire rougir les phalanges.

« Papy ! Viens voir, papy ! J’en ai vu deux ! »

Depuis l’intérieur, une série d’injures inconnues de son vocabulaire s’aventurent jusqu’à ses oreilles. Le plancher grince, les gonds gémissent, la porte s’ouvre et une silhouette broussailleuse beugle :

« Dis donc, microbe. C’est pas bientôt fini ? Je dors, sacré nom d’un cochon !

— Papy, ta barbe est toute touffue… Qu’est-ce qui t’est arrivé ?

— Je l’ai lavée hier et j’ai oublié de mettre des bigoud… Euh, et puis qu’est-ce que ça peut te fiche, d’abord ? Je peux savoir pourquoi tu fais tout ce tintouin aux aurores ?

— Il faut que je te montre quelque chose. Viens ! »

Cody agrippe la paluche calleuse de papy et le tire à l’extérieur. Le vieux bonhomme la suit non sans ronchonner.

« Regarde ce nuage, papy. Tu les voyes ? Il y en a deux.

— Tu rigoles, microbe ? Je vois déjà pas plus loin que le bout de ma barbe… À mon âge, j’ai les mirettes en compote.

— Enfile donc mes binocles.

— Allons, bon ! Ça marche pas.

— Tu les portes à l’envers ! Ça se met comme ça.

— Comme ceci ?

— Comme cela !

— Foutregroin… Mais que c’est compliqué !

— Tu les voyes, maintenant ?

— Nan.

— Passe voir. »

Cody renfile ses binocles et fouille le ciel d’un regard avide.

« Mais… Ils étaient juste ici ! Ils ont dû bouger par là-bas ! Peut-être que si on court, on peut encore les… »

Les pognes de papy se posent sur les épaules de la môme comme pour l’empêcher de décamper.

« Écoute, microbe… À part ces monstres de serpents de ciel, y a rien qui vole là-haut.

— J’en ai vu deux, papy ! Il faut que tu me croives.

— Par Grouchon, je te crois ! Faut juste que tu arrêtes de raconter partout que tu voies des statues volantes. Les gens vont penser que tu es maboule. »

Le visage de la gamine s’empourpre.

« Que je suis ta boule ?! Mais c’est n’importe quoi ! Je sais ce que j’ai vu, papy.

— Je comprends bien, microbe. Écoute… »

Cody a beau écouter ; peu importe les mots apaisants de papy, ses joues demeurent brûlantes à faire cuire un œuf. C’est toujours quand elle veut démontrer l’existence des statues volantes que celles-ci jouent les timides !

À l’école, tout le monde se moque d’elle et personne ne croit ses histoires. Mais Cody a un plan…

Multiperso
Deux

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