III-12 : L’imposture

On ne pouvait toutefois pas en dire autant de Cody. Dans sa tête défilait un rêve à la manière d’une rivière : les éléments passaient sous ses yeux sans qu’elle ne puisse interférer. Mais était-ce seulement un rêve ?

Rêve ou pas, la chaise sur laquelle elle se tenait assise était inconfortable. Elle remua pour tenter de se rajuster, mais les sangles à ses poignets l’en empêchèrent.

Rêve ou pas, Maman lui tournait le dos. Elle était penchée sur sa table de travail, toute à l’étude de sa dernière trouvaille. Cody ignorait sur quoi elle travaillait ; mais elle pouvait voir, très distinctement, une étrange lueur s’élever depuis l’établi.

Rêve ou pas, la vérité la percuta comme un coup de poing à l’estomac.

« Tu n’es pas ma Maman », dit-elle à la figure. Les mots sonnaient encore plus bizarrement dans sa bouche que dans sa tête.

La femme sans visage se retourna.

Et tu n’es pas Cody. Est-ce que je me plains ?

Cody cilla. Elle éprouva ses sangles de nouveau, mais même son incommensurable force n’y pouvait rien.

« Évidemment, que je suis moi. Qui tu veux que je sois ? »

Une imposture. Une de plus.

Elle haussa les épaules et retourna à son ouvrage. Pour la première fois, Cody observa son environnement. Elle vit des murs de pierre, un sol de planches et un toit de chaume. Rien d’inhabituel, en somme.

Alors pourquoi tout lui paraissait si faux ?

Le malaise la gagna. Elle se contracta, se tortilla, se débattit ; rien à faire. Ses entraves demeuraient.

« Laisse-moi partir, lâcha-t-elle. Je veux partir ! »

Partir où ? Tu es pile là où il faut.

« Non. Je veux partir ! »

La femme se dressa au-dessus d’elle. La surface de chair qui lui tenait lieu de visage échouait à masquer sa contrariété.

Écoute. J’ai placé tous mes efforts en toi. Ne me déçois pas.

« Comment peux-tu parler sans bouche ? » ne put s’empêcher de demander Cody.

Et bien que dépourvue de bouche, la femme se fendit d’un horrible sourire.

Comment peux-tu rêver alors que tu n’existes pas ?

À son réveil, Cody ne se souvenait plus de la suite. Le lendemain, elle avait oublié l’avoir seulement fait. Pour le meilleur comme pour le pire.

III-11 : La fête
IV-1 : Les saucisses

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