IV-7 : La statue et le buisson

« Par ici, monstre ! » s’écria soudain une voix familière.

Le cœur de Cody exécuta une pirouette. Enfin, son compagnon avait réussi à se frayer un chemin jusqu’à elle ! Brave Samson ! Il était, décidément, le plus fidèle ami qu’elle avait jamais eu.

Elle essaya de reprendre sa respiration afin de l’avertir du danger, mais la Sorcière confrontait déjà l’ombre immense fondant sur elle.

« Couché, le chien. »

Un nouveau sortilège claqua dans les airs. Cody tenta de hurler, en vain. Quelque chose de massif heurta le sol, glissa le long de l’estrade et s’immobilisa plus loin. La gamine l’observa du coin de l’œil. C’était une statue.

Une statue de Samson.

« Pas Samson ! » aurait-elle voulu dire, mais elle ne parvint qu’à émettre un sanglot étranglé.

La Sorcière se tourna vers elle. L’air interloqué qu’affichait le bas de son visage contrastait avec le sourire dément du fantôme.

« Était-ce ton ami ? Veux-tu le rejoindre ? Voyons voir. »

Comme parcourue d’un frisson d’impatience, le hachoir frémit. C’est à ce moment-là que Cody vit rouge.

La vue de Samson changé en statue lui fut intolérable. La seule vue de la Sorcière lui était intolérable. Elle se débattit, se démena, malmena ses liens, parvint presque à se dégager assez pour libérer sa main… Jusqu’à ce que son œil valide ne rencontre une forme rose et arrondie.

Madame Cochon se dressait entre Cody et la Sorcière. L’air déterminé, la moustache tordue en un angle menaçant, ramassé sur lui-même en position d’attaque, le fidèle cochon n’exprimait plus qu’une farouche volonté de protéger la gamine.

« Des animaux… murmura Sorcière, quoique même ses chuchotements auraient fait trembler les montagnes.

— Grouik, rétorqua Madame Cochon.

— Non… non… parvint à articuler Cody. C’est d’accord, je vais te supplier. Aie pitié, Sorcière ! Je t’implore. Ne fais pas de mal à Madame Cochon… »

La Sorcière marqua un temps d’hésitation, avant de déclarer :

« Bien. Elle ne souffrira pas. »

Un dernier sort jaillit du spectre et toucha Madame Cochon au groin. Cody hurla ; le son du tonnerre éclata sur l’estrade et couvrit sa voix. Mais pas sa vue.

En lieu et place de sa compagne rose se trouvait maintenant un buisson rond à l’apparence de suidé. Deux bourgeons lui dessinaient même une moustache.

Cette vision arracha un cri déchirant à Cody. Elle eut la sensation d’une pointe d’acier enfoncée dans son cœur. Ses paupières se refermèrent : les larmes dévalèrent ses joues écarlates.

« Pourquoi ?… Pourquoi tu fais ça, Sorcière ?

Assez discuté, Cody. Il est temps. »

Cody ne chercha pas à répondre, ni à se débattre. Le flot de ses pensées ne convergeait que vers l’affliction. Alors, à quoi bon ? L’espoir s’enfuit ; la combativité la suivit. À tel point que Cody se relâcha complètement, avec le seul désir d’en finir rapidement.

Le spectre noir abattit sa main et projeta le hachoir droit vers elle. Cody ferma les yeux. Elle sentit quelque chose de lourd la frapper en pleine poitrine. Une sensation de froid l’envahit. Sa tête bascula en arrière et ses paupières se rouvrirent bien malgré elle.

Le ciel bleu envahit son champ de vision, suivi des bâtiments en bordure de la rue, puis de la foule amassée devant l’estrade. Des visages horrifiés, des yeux écarquillés, des bouches figées comme dans un cri de terreur.

Le sol mit terme à son envol en lui frappant cruellement le dos.

« Au revoir, Cody… »

Tandis que la voix tonnait dans sa tête, la gamine réalisa qu’elle avait du mal à entendre quoi que ce soit d’autre. Le son de sa respiration, son cœur tambourinant, la rumeur gagnant la foule ; tout était couvert par un sifflement aigu.

Son regard tomba sur son propre bras, qui gisait à quelques pas. Un murmure s’échappa de ses lèvres et…

Et Cody sombra.

IV-6 : Insignifiante et exceptionnelle
V-1 : Momp, Fanz, Selt et Vers

Laisser un commentaire

Votre adresse ne sera pas publiée.