IX-3 : Encore le café

Le front de Cody heurta le sol. Elle se releva d’un bond sans remarquer les fêlures aux airs de toile d’araignée dont elle venait d’imprégner la dalle. Elle fit volte-face et aperçut Samson, lancé à toute allure vers elle. Puis la porte claqua et la bourrasque mourut comme elle était née.

« Samson ! Samson ! Samson ! »

Sa nouvelle massue pulvérisa le panneau. Derrière ne se trouvait rien d’autre qu’un mur blanc. Elle levait de nouveau son arme quand quelque chose bloqua son mouvement.

« Mauvaise idée, Codice… Tu ne voudrais quand même pas que Le Néant nous aspire, si ? »

Surprise, elle se tourna vers une femme en robe noire. Sa main simplement tendue entravait la massue. La gamine fronça les sourcils et s’enquit :

« Qui es-tu ? »

L’inconnue ramena son bras le long de son corps et lui sourit.

« Je m’appelle Ode. Tu n’as rien à craindre de moi. »

Cody promena un regard méfiant sur les murs blancs et irréguliers de la salle.

« Où sommes-nous ?

— À l’abri. Tu n’as plus à te soucier de quoi que ce soit, maintenant.

— Je me fais du souci pour mes amis, en tout cas. Je dois retourner là-bas, Zend risque de s’en prendre à eux ! »

Ode claqua de la langue.

« J’ai donné des instructions précises à Zend. Il ne leur fera rien.

— Tu es son amie ?

— Il travaille pour moi. Même si nos méthodes divergent, nous recherchons la même chose. »

Sur ces mots, Ode tendit ce qui ressemblait à une arme à feu sans canon. Cody haussa le sourcil et cramponna sa massue.

« C’est un pistolet ? Ça ne me fera rien. Tu peux pas me tuer avec ça.

— Je ne veux pas te tuer, ma fille… »

Une onde de choc s’échappa de l’arme et toucha Cody. Comme elle s’y attendait, elle ne ressentit aucune douleur et décocha à son hôte un sourire moqueur. Mais une immense fatigue la submergea soudain. Prise de tournis, Cody trébucha et tomba à genoux.

« Je… Je me sens pas très bien… qu’est-ce c’est que ça ?

— Une petite merveille que j’ai conçue. Ces ondes inhibent les radiations de ta magisthène : tu sais, cette pierre qui te confère ta force et tes pouvoirs. Zend aurait préféré te tuer pour l’arracher à ton corps, mais j’ai une meilleure idée. Tu n’es pas encore perdue. »

Cody gémit et cligna des yeux avec insistance pour chasser le chatouillement brûlant de ses paupières. Le sol vacilla sous elle. Au dernier moment, la main glacée d’Ode enveloppa la sienne et la réveilla un peu.

« Où on va ?

— Je vais te mettre au lit. Tu dois te reposer.

— Ma massue… j’ai fait tomber…

— Tu n’en as plus besoin, Codice. Et de toute façon, comment pourrais-tu la soulever dans ton état ?

— Je m’appelle Cody, pas… Pas…

— Cody ?… s’étonna Ode, troublée. Oh… Oh, je comprends ! Très malin, très bien vu. Mais ton vrai nom est Codice. C’est écrit, ici. Tu vois ? »

Elle pointa du doigt de hauts sarcophages oblongs et métalliques dressés le long du mur, tous munis d’un hublot et d’une gravure.

« Mais je… Mais je ne sais pas lire…

— Vraiment ? Je prendrai le temps corriger ça. Alors, voyons… Ici, on peut lire « CO-III« . Sur celle-là, « CO-IV« . Et là, « CO-V« . Ainsi de suite jusqu’à… »

Ode s’immobilisa devant une des dernières boîtes. Cody était à peine consciente de son environnement. Elle avait tellement envie de s’allonger, de dormir un peu…

« Nous y voilà ! « CO-X« . C’est bien toi, non ?

— Non !… Je m’appelle… Je m’appelle… »

Un effort suprême lui permit de soulever ses paupières. Comment était-elle entrée dans le sarcophage ? En tout cas, c’était confortable…

Ode resserra les sangles autour de sa gorge, ses poignets, sa poitrine, puis ses chevilles. Enfin, elle lui déposa un baiser sur le front.

« Bon retour à la maison, CO-X. Fais de beaux rêves… »

Réduite à l’immobilité, Cody s’agita faiblement. Un ultime sursaut de panique tenta de percer la surface embrumée de sa conscience, en vain.

Le sarcophage se referma. Avant de sombrer, Cody entendit l’écho lointain d’une voix familière :

« Hé ho, madame ! Vous avez oublié mon café. »

IX-2 : Le décompte
IX-4 : Codice

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.