Sentence #7

La porte s’ouvre à la volée et percute le mur. Twine déboule et tombe face à Pigboy. Sa surprise s’efface en peu de temps devant le dégoût.

« C’est bien toi, murmure-t-il. Tu ressembles bien à un monstre. »

Une cascade de membres et d’organes se glisse à son tour par la porte et s’assemble en tas grotesque à l’autre extrémité de la pièce. Lorsque Puzzle-Man prend forme, Pigboy est cerné.

« C’est notre cochon. Je l’imaginais plus gros. »

Il n’est pas assez gros ? s’étonne Sentence, mais elle préfère ne rien en laisser paraître, car Pigboy, lui, n’affiche aucune surprise.

Twine désigne le cadavre.

« C’est Blitzkrieg ? »

Sentence se contente d’acquiescer. Son intestin est noué et le contenu de son estomac menace de faire demi-tour. Mieux vaut ne pas prendre le risque que sa voix la trahisse.

Pigboy les dévisage un à un. Au fond de ses yeux, le tonnerre rugit. Pourtant sa voix reste monocorde.

« Et maintenant ? Je vous tue tous les trois ? »

Un son d’os brisé et de chair déchirée lui répond. Les lames sanguinolentes de Twine jaillissent sous son visage.

« Maintenant, tu lâches tes armes. »

Le regard que Pigboy lui jette ferait reculer la plupart des gens d’un pas. Pourtant, celui-ci laisse tomber son hachoir. La grosse lame rebondit contre le bois et s’immobilise.

« Le croc, aussi », exige Twine.

Sans discourir, Pigboy décroche le croc de boucher de sa ceinture et le laisse tomber. Twine s’avance sans baisser sa garde.

« Enlève tes chaînes. »

Pigboy baisse la tête vers les liens entre ses armes et ses poignets. Il entreprend de dénouer la première.

Un cylindre semble alors se matérialiser dans sa main. D’un geste vif, il la jette au sol. Twine bondit et le plaque au sol, mais trop tard. Sentence n’a que le temps de fléchir les genoux pour s’élancer ; le projectile poursuit sa course droit vers le plancher.

Une main indépendante l’attrape au vol. Fière de sa prise, elle retrouve prestement le chemin de son propriétaire.

Bien joué, Dom ! Combien de chandelles les Parangons lui doivent ? À force de mauvaises rencontres, il laisse toujours traîner une main quelque part pour empêcher leurs ennemis de jeter quoique ce soit au sol. Quoique Pigboy voulait lancer, sa tentative était grillée d’avance avec Puzzle-Man dans les parages.

Ce dernier agite d’ailleurs le cylindre sous ses yeux.

« On me la fait pas, à moi. Je maîtrise le ninjutsu. Qu’est-ce que c’est que ça ? Une bombe lacrymogène ? »

Pris sous le poids de Twine, Pigboy se tord le cou pour lui répondre.

« Non. C’est un cadeau pour toi. »

Sentence voit sa main serrée autour d’un détonateur.

« Lâche ça ! » crie-t-elle à Puzzle-Man.

Il ne peut pas l’entendre. La prétendue bombe lâche une telle décharge électrique que le corps de Puzzle-Man se désolidarise intégralement. Une pluie de morceaux humains ruisselle au sol.

Sentence s’apprête à lui porter secours, mais Pigboy écrase son front contre la mâchoire de Twine, prend le dessus sur lui et récupère son hachoir. Il lève l’arme au-dessus de sa tête et l’abat avec un hurlement ; la lame heurte de plein fouet le bouclier que Twine a formé autour de son crâne.

Une lance d’os transperce sa chemise et percute Pigboy en pleine poitrine. L’impact révèle qu’il porte une robuste protection sous son tablier, mais il suffit à le repousser en arrière. Le meurtrier roule pour se relever, mais Sentence est sur lui et abat ses deux matraques sur son crâne.

Le résultat est le même que de frapper une brique. Pigboy ne bronche pas et ne subit aucune décharge électrique. C’est un casque, pas un masque, comprend-elle.

Il est debout et prêt à riposter, quand un poing volant lui fonce dessus. Il parvient à l’esquiver, mais un second poing délayé le frappe assez fort pour lui voler l’équilibre. Profitant de l’occasion, Sentence le traverse adresse ses matraques sur la nuque ; sans se retourner, Pigboy bloque avec son hachoir et lui flanque son coude en plein visage.

Comme si son cerveau avait bondi dans le temps, Sentence se retrouve allongée au sol, la tête lourde et la vue troublée. Elle sait qu’elle peut remercier son masque de lui avoir épargné un nez brisé, mais bon sang, qu’est-ce qu’il cogne fort, ce type !

Elle lutte pour se relever mais le sol se balance sous ses pieds et l’oblige à s’appuyer contre le mur. Des lames d’os à la place des mains, Twine est engagé dans un ballet mortel avec Pigboy. Celui-ci dévie les morceaux de Puzzle-Man de son hachoir en même temps qu’il tient son adversaire à distance à l’aide de son crochet. Ses armes sifflent au bout de leurs chaînes et hurlent à chaque parade.

Sentence s’élance de nouveau, mais au lieu de s’ouvrir, la porte explose cette fois-ci. Des copeaux de bois et de plâtre fusent dans les airs. À travers les débris se découpe une silhouette massive.

« Il est là, ce fils de pute ? hurle Morgenstern. Tu vas crever, enculé ! »

Le Parangon en armure s’élance comme un train, bouscule Twine sur son passage et attrape Pigboy à bras-le-corps. Les deux géants enfoncent le mur comme deux boulets de démolition et basculent dans la rue. La collision retentit si fort que Sentence sent le sol vibrer sous ses pieds.

Le calme retombe sur la salle comme une pluie de silence. Puzzle-Man peine encore à se reformer, signe qu’il lui manque encore de temps pour se rétablir tout à fait. Mais Twine est debout et se précipite vers l’ouverture béante. Sentence lui emboîte le pas.

Ensemble, ils scrutent l’extérieur. Sur une passerelle de service non loin en dessous, Morgenstern se redresse, la bouche emplie de promesses dont sa génitrice est la caution. Quant à Pigboy, Sentence n’aperçoit de lui qu’une ombre bondissante dirigée vers l’échelle.

Sans discourir, elle prend deux pas d’élan, saute à travers l’embouchure et phase.

La chasse est lancée.

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