D’un regard circulaire, le maître évalua le nombre d’assaillants.

« Hé, Personne. Tu te rappelles de ces leçons de baston que je t’ai données, voui ?

— Vous ne m’avez enseigné aucune leçon, maître. Je suis né il y a moins d’une heure.

— C’est juste. Alors laisse-moi rattraper le coup. »

Sur ces mots, il tira un fusil à canon scié de son manteau et le pointa vers la foule. Non contente de vriller les capteurs sonores de Personne, la détonation projeta des morceaux de cervelle et des bouts d’os dans tous les sens. Personne en reçut en pleine bouche ; l’urgent besoin de vomir l’envahit, mais il n’avait pas de système digestif.

« Leçon n°1, lança la voix du maître dans son crâne, prends un gros flingue et explose la tête de tes adversaires. »

Comme un coup d’envoi à lancer l’assaut, la foule fondit sur eux d’un seul mouvement sans aucune crainte face à l’arme du maître. Celui-ci attrapa Personne par la main et le tira vers lui. Un nouveau tir lui permit de dégager assez de passage pour s’enfuir.

« Leçon n°2 : si après avoir tiré dans le tas il reste encore des méchants debout, tire encore. »

Les deux intrus détalèrent à toutes jambes en direction de la sortie ; Personne fit son possible pour empêcher son attention de s’attarder sur les têtes explosées qu’ils laissaient derrière eux. Quelques fanatiques motivés tentèrent soudain de les prendre en tenaille.

« Leçon n°3 : fais connaissance avec tes nouveaux copains. »

Le maître adressa un coup de crosse à l’assaillant le plus proche ; le craquement d’une mâchoire brisée retentit par-dessus le tumulte. Il flanqua un coup de pied dans l’entrejambe d’un autre adversaire avant de lui coller son genou en plein visage. Puis il échappa à la poigne d’un troisième et lui brisa le bras d’une torsion brusque. À court d’imagination face à un quatrième opposant, il sortit une nouvelle arme à feu de son manteau et lui tira dans la bouche.

« Leçon n°4 : enseigne-leur les bonnes manières. »

À chaque individu qui s’effondrait ou s’écartait, un nouveau venait le remplacer pour connaître, à son tour, un traitement féroce. Personne regardait le maître se défendre avec une brutalité inouïe, une violence il n’aurait jamais soupçonné l’existence chez ce jeune homme à l’esprit léger et aux manières malhabiles. Malgré l’horreur de leur situation, tout dans sa gestuelle trahissait le plaisir manifeste qu’il tirait de cet affrontement.

Un grand type barbu se faufila alors derrière le maître et le ceintura par la taille. Personne se retrouva paralysé sur place, incapable de songer à aller se battre pour protéger son seul allié.

« Leçon n°5 : reçois l’invitation fougueuse d’un soupirant zélé.»

— M…maître… bredouilla Personne. Que dois-je faire ?

Leçon n°6 : repousse poliment ses avances. »

D’un geste sec, le maître envoya son casque frapper son agresseur en plein visage. L’homme recula avec un cri, la main sur son nez brisé. Le maître le foudroya d’un coup de poing dans la gorge ; sa cible s’effondra au sol, où elle n’émit plus qu’un gargouillement étranglé. Mais il n’en avait visiblement pas fini avec le malheureux, puisqu’il tomba à genoux sur sa poitrine et s’acharna sur lui à coups de poing.

« Leçon n°7 : mets-lui la bagarre danssa tête. »

Un ultime coup acheva de réduire le visage de l’homme en bouillie. Cela fait, le maître tourna le sourire de son masque en direction de Personne. Tétanisé, celui-ci n’osait plus que respirer, le regard rivé au corps au sol, sans savoir qui ici représentait le plus grand danger.

« Leçon n°8 : cassos ! »

Il attrapa l’androïde par la main et le tira de force jusqu’à la palissade. Ils trouvèrent celle-ci solidement verrouillée. Le maître entreprit de la forcer à coups de talons, quand les villageois lui tombèrent dessus.

« Leçon n°9 : réalise que tu n’as pas de plan B et serre les fesses très très fort.

— Maître ! » s’écria Personne de vive voix, mais trop tard. Déjà, la foule en colère les séparait l’un de l’autre. L’androïde se sentit soulevé de terre et transporté vers la place du campement ; du coin de l’oeil, il vit un groupe d’hommes particulièrement costauds plaquer le maître au sol et le rosser proprement à coups de pied, de bâton et barres en métal.

« Maître ! Maître, relevez-vous !

Leçon n°10 : fais-toi démolir comme la victime que tu es. »

À la vue du traitement que recevait son créateur, Personne sentit une bouffée de colère faire sauter les verrous de sa catatonie. Sans prise à laquelle se raccrocher, il s’agita violemment afin de se dégager ; et comme par miracle, il y parvint. Il perdit l’équilibre et chuta au beau milieu de ses assaillants déstabilisés. Il comprit alors que ceux-ci avaient dû s’y mettre à cinq à la fois pour le soulever – et encore, avec peine. Son coude heurta par mégarde le visage d’un type qui avait tenté de le prendre à revers ; celui-ci recula en hurlant, les mains appuyées sur l’oeil à demi sorti de son orbite.

« Je suis tout de métal, se dit-il à lui-même. Je suis plus lourd et robuste qu’eux !

Leçon n°11 : aïe ! ouille ! ouaïlle ! aouille ! aouch ! »

Personnefit volte-face ; non loin de là, le maître subissait un tel passage à tabac que son corps s’était à demi enfoncé dans le sol.

« Maître ! Je viens à votre rescousse !

Leçon n°12 : ah ! eh ! ih ! oh ! uh ! flabada ! blblbl ! qxknptzfaf !

— J’arrive, tenez bon !

Leçon n°13 : dépêche-toi ! Je suis presque à court d’interjections exprimant la douleur. »

Une vague d’horreur emplit la poitrine de Personne. Près de la barricade, la femme au châle brandissait une barre de métal taillée en pointe.

« Leçon n°14 : ça va faire mal. »

— Je suis là, maître ! »

Trop tard : avec un cri de rage, la chef du campement lui planta son arme en pleine poitrine.

« Maître ! Non !

Leçon n°15 : PUTAIN, ÇA FAIT MAL ! »