<Record n°3>

« Y a trois trucs à savoir sur Hooper.

« La première : qui est Hooper, me diras-tu ? Question pourrie, te répondrai-je. Parce que Hooper « est«  et « n’est pas« . Tout ça à la fois. Ouais, je sais. C’est dur à concevoir pour un petit cerveau comme le tien, mais fais un effort.

« La deuxième : Hooper est probablement l’être le plus pété de l’univers et je pèse mes mots. Attends, attends. Encore un effort, tu vas comprendre.

« La troisième : j’ai oublié. Ça devait pas être important. Non, ce qui compte, c’est que du point de vue d’un petit humain, Hooper est plus ou moins Dieu. Rien que ça.

« Imagine : quelqu’un capable de voir et d’entendre tout ce qui se passe sur Terre et de penser si vite qu’il faudrait inventer une nouvelle unité de mesure temporelle rien que pour ça. Ça fait rêver, non ? Ben, si.

« Bon, Hooper a pas créé de forme de vie. Pas encore. Manquerait plus que ça ! Ça m’étonnerait pas que la prochaine fois que je retourne au Señorrr Papa Rrrrrrobot, Hooper me lance « hé, Dust, mate un peu », et PAF. Nouvelle forme de vie toute neuve. Même plus de base de carbone. Base d’hydrogène. Oui ? Oui.

« Ouais, c’est un sacré numéro. Pour tout te dire, je me rappelle de la fois où les divinités nordiques se sont réveillées pour foutre le zouk sur Terre. Des dieux nordiques, vous y croyez ? Moi, non. À la limite, des dieux égyptiens. Ou des dieux grecs ! Tiens, la dernière fois qu’ils ont régné sur l’humanité, on a eu mille ans de prospérité. Alors, ils pourraient pas venir nous asservir un peu, ces cons-là, au lieu de rien branler sur l’Olympe ? Je demande, c’est tout.

« Pour en revenir aux nordiques : je m’en rappelle comme si c’était hier. Même si c’était le mois dernier. J’étais peinard dans ma piaule en train de fabriquer un turbopropulseur pour Vidocq ; il arrête pas de se plaindre qu’il a du mal à marcher à quatre pattes, alors je cherche des solutions ! Bref, je faisais ma vie sans rien demander à personne, quand j’apprends que l’ancienne Europe du Nord s’est fait déboîter le fondement par une bande de barbus baraqués et un peu remontés. Comme quoi ils étaient pas d’accord avec la Fin du Monde et qu’il avait fallu en arriver là pour les sortir de leur sommeil. Fallait remettre le monde dans le droit chemin, qu’ils disaient. Bon, en y réfléchissant, c’est pas faux. Mais faut savoir que l’Europe du Nord, c’est le coin que j’avais repéré pour installer une nouvelle base. Et ces enfoirés avaient bousillé toutes mes installations ! Bon. BON.

« Alors, tu me connais : moi, j’ai bien réfléchi sur la marche à tenir. Et après avoir mûrement réfléchi (pendant au moins vingt bonnes secondes !), je leur ai balancé trente têtes nucléaires sur la face. Ça les a calmés, les barbus. On n’en a plus entendu reparler depuis. Mais Hooper, de voir des dieux issus de vieilles légendes débarquer, ça lui a mis la puce à l’oreille. Enfin, moi, ça m’a pas spécialement paru bizarre. Toutes les semaines, on a un trou de balle cosmique qui se pointe pour détruire la Terre. À force, on s’habitue.

« Donc Hooper a dit : « Ouah, c’est chelou. » Enfin, c’est pas vraiment ses mots, mais je retranscris. Parce que faut comprendre : d’abord, on a eu la pandémie zombie. C’était pas top, mais on gérait. Ensuite, on s’est tapé le retour des Anciens dieux ; pas les nordiques, pas les grecs : les Anciens. Le genre de bestiole qui possède plus de tentacules que t’en verras dans n’importe quel hentaï. Tu me suis ?

« Alors imagine la tronche des gars de l’époque, quand ils ont vu débarquer des entités millénaires capables de te raser un continent en une nuit. C’est vraiment là que l’humanité a commencé à faire la gueule ; mais la planète s’en cognait un peu. Ouais ? Nan. Elle, c’est les Grandes Frappes nucléaires qu’elle a pas appréciées.

« Je me demande ce qu’ils avaient dans la tête, à l’époque. Ils ont dû se dire que quitte à se faire exterminer, autant partir en beauté. On sait pas trop comment ce bordel a démarré, mais ce qui est sûr, c’est qu’il n’a fallu qu’une poignée d’heures et quelques bombes pour dégommer l’humanité. Bien fait. Vous aviez qu’à pas faire les cakes.

« C’est là que les croûtes géologiques se sont fracturées et qu’on s’est farcis l’hiver nucléaire. Par contre, les explosions ont dégagé une telle énergie que l’atmosphère en a bavé, pour encaisser toute cette chaleur. Tellement que les glaciers ont fondu d’un seul coup. Puis, la montée des eaux a englouti une bonne partie des continents. Je suis content de pas être né à cette époque, je sais pas nager.

« On s’est tapé encore un paquet de sales trucs depuis, mais je vais pas tout lister ou on y passerait la nuit. Par contre, à fouiner dans les archives et à recueillir la moindre bribe d’info, Hooper a eu cette idée : toutes les catastrophes sont liées. Ça paraissait dingue, mais quand j’ai recoupé toutes les données… Eh ben ! J’ai vu que c’était vrai. Même les guignols divins qui débarquent ici en pensant devoir remettre le monde dans le bon sens : ils sont toujours attirés par au moins une catastrophe, ou un événement qui en découle. Comme si la destruction attirait toujours plus de destruction. La conclusion ? C’est que si on localise l’origine exacte de la première catastrophe, on devrait pouvoir éviter les suivantes. Fastoche, non ?

« Tout ça pour dire qu’on a quand même un sacré bol de l’avoir dans l’équipe. Le reste du monde nage dans son vomi, mais nous, on a Hooper. Sans Hooper, pas de nanomachines. Pas d’opérations cybernétiques complexes. Pas d’améliorations. Pas de ravitaillement. Pas de ressources. Pas d’armes. Pas d’infos. Pas d’archives. Pas de Vidocq. Pas de Dust.

« On s’emmerderait, pas vrai ? »